Aujourd’hui, c’est la sortie du premier article de la section Rencontres.
Pour cet entretien, j’ai voulu retourner à la rencontre de deux personnes que je connais bien : mes parents, Marie Christine et Roger.
Tout d’abord car c’est grâce à eux et via l’éducation qu’ils m’ont transmise au travers des vacances d’été dès le plus jeune âge avec un sac à dos à sillonner les massifs français qu’aujourd’hui j’ai cette appétence pour la montagne et cet univers.
Cela a aussi été l’occasion pour moi de redécouvrir mes parents et certaines anecdotes inconnues.
Dés la vingtaine, Marie Christine et Roger ayant peu de connaissance du monde montagnard sont partis arpenter la France et l’Europe à bord de leur van aménagé.
L’idée de cet entretien est de partager avec vous leurs expériences et également amener une réflexion sur l’évolution en montagne.
Lorsque je me replonge dans leurs souvenirs, on se dit que c’était mieux avant. Enfin c’est surtout ce que je me dis. Oui, le monde a changé et nous aussi, mais plutôt que le changement disons que les choses ont évolué. Une évolution n’est jamais ni bonne ni mauvaise.




Quelles sont les activités que vous pratiquez en montagne?
Roger: Principalement la marche, le ski et les raquettes en hiver.
Marie Christine: Ma première activité en montagne a été le ski, puis l'escalade et après la randonnée.
Quel est votre/vos endroits de prédilection?
R: Essentiellement les Alpes mais j'avoue que les Pyrénées sont aussi agréables. L'avantage des Alpes est que c'est plus ouvert, plus grand et que l'on peut trouver une diversité de pratiques et de randonnées pour tous les goûts et tous les niveaux. Que ce soit avec des montées très abruptes et d'autres plus faibles.
Les Pyrénées par contre, c'est beaucoup plus sauvage, cela peut être beaucoup plus pentu. Et parfois pour retrouver la civilisation, notamment pour se ravitailler çà peut être un peu plus long et compliqué.
Par contre, la Montagne me plait, quels que soit les massifs.
MC: L'endroit où l'on est certainement le plus allé, c’est-à-dire les Hautes Alpes, du côté de Serre Ponçon. Et de manière plus générale les Alpes, je préfère ses vallées souvent plus ouvertes, plus lumineuses car moins encaissées.
D'où vous est venu cet attrait pour la montagne?
R: Dans ma famille, personne ne faisait de la randonnée, ni de la montagne.
J'ai fait dans un premier temps des randonnées dans l'arrière pays en Occitanie, Caroux, Cévennes avec des copains. On faisait tous le moto et après on allait toujours marcher quelque part.
Ensuite, j'ai rencontré un ami, qui lui était un initié de la randonnée, et on a décidé ensemble de faire le Tour du Mont Blanc.
Après j'ai toujours eu ce goût pour la montagne, la randonnée même si je ne suis pas un fils de montagnard. Je disposais des équipements minimum nécessaires. Avec un copain on avait voulu une fois faire le tour du Mont Blanc, mais on avait pas pu car on était mal équipé et mal organisé. Du coup, je me suis équipé afin d'être paré à tout évènement.
MC: Avant d’avoir un attrait pour la montagne, c'était quand même la nature dans sa globalité qui m’attirait car je passais beaucoup de mes vacances à la campagne. Par la suite, j'ai fait des colonies de vacances dans les Pyrénées et dans les Alpes. La randonnée est arrivé par un pur hasard, j'ai rencontré une amie qui en faisait et elle m'a proposé de partir en vacances avec elle à la montagne. On est partie un mois en commençant par les Ecrins, puis vers Auron . L'année suivante on est repartie dans les Pyrénées Orientales. Ces premières randonnées ont vraiment été une première découverte car j'étais complètement novice, je ne savais pas me repérer sur une carte. On a fait des névés, on partait tôt le matin on voyait des chamois.
Quand tu n'as jamais fait de randonnées, partir dans les Ecrins au milieu des glaciers, c'est assez impressionnant.
Et ensuite j'ai rencontré Roger qui aimait faire des randonnées, donc on a continué.









Qu'est ce que vous aimez en montagne, quel est votre rapport avec la nature?
R: J'ai toujours aimé parce que c'est grandiose, que le regard n'a pas d'arrêt. Il porte très loin. En plus tu te confrontes à toi-même, c’est-à-dire quelque part tu vois ce sommet, tu te dis est-ce que je suis capable d'y arriver, et tu y vas et tu te rends compte que un pas après l'autre tu y arrives. C'est valorisant et en plus c'est bon pour la santé.
Je m’intéresse aussi à tout ce qu’il y a autour de la montagne: les traditions artisanales comme les meubles faits par les bergers dans les petits villages, les plats traditionnels.
MC: J'aime la nature, les paysages, l’espace, le sentiment de liberté, se poser et contempler le vue qui s'ouvre à nous.
J'aime bien quand il y a des lacs. J'ai toujours aimé la nature, je préférais par exemple aller camper plutôt qu'aller dans un hôtel.
Quel est votre pire souvenir en montagne?
R: Les pires souvenirs sont mauvais quand on y est mais après çà reste un souvenir.
Un souvenir qui n'est pas le pire mais pas le meilleur, une fois on était dans les Pyrénées et je me suis trompé de vallée à un endroit (à savoir qu'à cette époque les GPS n'existaient pas). A un col, on a tourné à la mauvaise intersection et du coup on a atterri dans la vallée parallèle à celle où l'on devait aller. Cela a quand même généré un petit détour de plus de 140km de route pour accéder à l'endroit initial.
Après les moments où tu te sens petit, ce sont les moments où il y a des orages, où la foudre tombe. Des fois, tu es en train de marcher et tu fais des petits pas en faisant des prières que çà passe à côté et d'autres fois tu es sous la tente, et là tu te dis pourvu que je n'ai pas mis la tente dans une cuvette. Ce sont les éléments qui se déchainent et c'est à ce moment là que tu te rends compte que toi tu es au milieu tout petit.
MC: En principe, les pires souvenirs c'est chaque fois qu'il y avait du mauvais temps, de l'orage, qu’il fallait se dépêcher, marcher sous la pluie. Une fois on avait dormi sous la tente au
Brévent ,il y a eu un orage et l’on a passé la nuit à se demander si la tente n'allait pas s'envoler d’autant plus qu’on s’était installé sur une falaise et qu'en contrebas il y avait le vide.
Une fois à Odessa en pleine randonnée, on a été surpris par un orage, on a marché sous la pluie et les éclairs. On n’était pas tranquille.



Racontez votre meilleur souvenir?
R: Chaque fois que tu arrives sur un sommet, en haut d'un col ou c'était vraiment une performance et voilà tu as un plaisir. Tu arrives en haut et là tu ouvres ton paquet de chips et là c'est un bon souvenir.
Les randos que j'aime en général, ce sont les randos qui ont été aériennes avec des crêtes. A une époque, on faisait des randonnées sur plusieurs jours, en prenait la tente et tout le matériel, çà c'était sympa. Le soir, tu t'arrêtes dans un coin tranquille, tu montes ta tente, et quand il fait frais tu te rentres.
MC: Chaque fois qu'il y a de beaux paysages c’est l'émerveillement. Quand tu es installé dans des endroits paradisiaques , que tu te poses et que tu savoures l’instant présent.
Après les balades que je préfère, ce sont celles avec des glaciers comme celui des Bossons. Tu montes en pleine foret pendant un moment, et puis et d’un coup tu découvres ces glaciers, c’est surprenant.
Les randonnées que j'ai préférées et que j'aimerais refaire sont le glacier d’Argentière et le Lac Blanc.
J'aime bien marcher lorsqu'il y a des passages aménagés avec des échelles, des cordes mais aussi dans de gros pierriers
Une autre balade qui m'avait marqué, vers La Madone De Fenestre (Saint Martin Vésubie), on est partie faire une balade mais on s'est trompé et on est tombé sur un énorme pierrier, où il fallait marcher en équilibre. Et lorsque l'on est arrivé en haut on était à 3 000m, ça donnait sur l'Italie, tout était enneigé. Comme c'était pas prévu, on était émerveillés.
Si vous devez retenir une seule anecdote, quelle serait-elle?
R: Une fois, où on était partis à Villar d'Arènes (Isère) pour une randonnée de deux jours. On était arrivé et je me suis posé la question si j'avais pas arrêté malencontreusement le gaz du réfrigérateur dans le camping car.
Du coup, je suis redescendu au pas de course, je me suis tapé la descente pour me rendre compte une fois en bas que non je n'avais pas oublié.
MC: Mes premières expériences avec les chaussures de randonnées en cuir étaient assez difficile à cause des ampoules. Donc pour le Tour du Mont Blanc j'avais pris une deuxième paire de chaussures, des baskets en réserve.
A la fenêtre de l'Arpette, en dessous il y avait le glacier du Trient, j'avais tellement mal au pied que j'ai mis mes baskets mais on marchait sur un devers en coupant la pente et il y avait de l'eau qui ruisselait. Et j'ai glissé, mon sac à dos m'a entrainé et fait tomber, jusqu’à ce qu'un rocher m'arrête et en contrebas il y avait le glacier;
J'ai eu peur, mais ça a été tellement rapide que je n'ai pas eu le temps de réaliser. Ça s’est fini par quelques points à l’arcade sourcilière.










Quel est votre constat sur la montagne? Evolution de la montagne, constat, réflexion
R: Déjà la montagne est un milieu hostile mais que l'on arrivait à maitriser. Le problème c'est que maintenant c'est même compliqué de maitriser certaines voies, certains sentiers parce qu'à tout moment il y a des rochers qui peuvent descendre, des névés qui fondent et qui peuvent glisser, les séracs qui se cassent et qui tombent. Et tout cela s'accélère avec le réchauffement climatique. Maintenant il faut vraiment vraiment être attentif aux chutes de rochers, aux éléments nous entourant. Avant aussi, mais c'était nettement moins. Maintenant on s'aperçoit un peu partout qu'il y a des choses qui descendent et de plus en plus fréquemment.
MC: Le constat est inquiétant, ça donne à réfléchir quand on part en randonnée. Maintenant tout ce qui est sous des glaciers j'irai pas le faire. Après les éboulements rocheux on ne peut pas les prévoir non plus.
Heureusement quand on y est, on ne pense pas à çà mais çà peut arriver n’importe où, n'importe quand. Bien sûr on fait toujours en fonction de la météo, mais on ne peut pas tout prévoir.
Quelle serait la montagne de demain selon vous?
R: Déjà en hiver, ça ne sera plus du tout comme maintenant , c’est-à-dire qu'il y aura de moins en moins de neige ou alors des énormes quantités de neige. Le problème c'est que maintenant on va vers les extrêmes. Il va falloir revoir un peu tout les sentiers, les GR en terme de sécurité. Le but est que la montagne, c'est un espace qui doit être ouvert au plus grand nombre. Même si çà se mérite mais au moins que les gens puissent le faire en sécurité.
Pratiquer la randonnée, c'est aimer la montagne sans la connaitre sur les bouts des doigts. En ayant une connaissance relative du milieu dans lequel ils évoluent sans être des professionnels, reconnaitre des couloirs d'avalanche. Mais on acquiert de l'expérience et c'est cette expérience qu'il faut mettre en place pour évoluer en sécurité.
Parlons des incivilités des gens, le problème c'est Instagram et les réseaux sociaux qui font trop de pub dans certains coins. Il y a certains endroits où l'on peut aller très facilement et où les gens n'ont pas cette culture de la montagne, de son respect et donc ils font comme ils font en ville donc n'importe quoi. On ne parlera pas de ceux qui allaient à l'époque sur des glaciers en tong car facile d'accès par les téléphériques alors que nous on était avec nos équipements de randonnée.
MC: J'aimerais que ce soit comme avant mais justement çà ne sera plus comme avant.
Il faudra choisir les randonnées, peut être ils mettront en place une échelle des risques (comme pour les avalanches).
Peut être on aura un retour à une période sans neige. Le ski sera plus aléatoire, on ne pourra plus être sûr de pouvoir skier. L'année du covid, il y a eu énormément de neige et les autres années l’enneigement a été plus faible, les périodes enneigées plus courtes.
Il va falloir repenser et s'adapter face à ces changements météorologiques et géologiques.
Grâce aux applis de rando, il est plus facile de programmer des randos. C'est appréciable mais du coup la fréquentation a considérablement augmenté, ce qui est préjudiciable. Les racines des arbres sont à nu à force du passage des gens, l'écosystème disparait peu à peu (les animaux, les herbes). Ça ne va pas aller en diminuant car nous sommes de plus en plus nombreux sur terre, on en viendra à limiter le nombres de visiteurs, comme dans les calanques, dans des îles.
La montagne ça va être comme les autres endroits, il y aura de moins en moins de liberté alors qu'avant on pouvait y aller quand on voulait, comme on voulait, sans besoin de prévenir et ni de trop anticiper.
Alors bientôt il faudra réserver, anticiper et les accès seront de plus en plus réglementés. C’est dommage car cela ne correspond pas avec les valeurs de la montagne, de la nature.
Il faudra faire des randonnées beaucoup moins accessibles pour le commun des mortels pour avoir moins de monde.



C'est avant tout une histoire de partage, de découverte et de transmission. Je ne peux aujourd'hui qu'exprimer ma gratitude envers mes parents de nous avoir transmis à ma sœur et moi leurs passions et les valeurs de la montagne, de nous avoir éduquer avec comme tapis de jeu ces grands espaces et l'immensité de la montagne.
Ils nous transmis de toujours rester humble face à elle et aux éléments, le respect de la biodiversité, qu'avec de la volonté et de la persévérance tous les sommets sont atteignables et ce que je ne savais pas à l'époque c'est que chacune de ces valeurs sont transposable dans la vie quotidienne.
En soi, la montagne est une belle leçon de vie!


Merci pour le partage d’expérience !